LES CONTEURS D'AUTREFOIS
Une pièce de théâtre dont la trame se situerait en ce lieu "magique" puisque tout y a débuté avec Adam et Eve est alors né des multiples aventures de ses enfants. Il fut joué près de 700 fois à Paris et en Province. Un récitant accueille sur scène les conteurs de la Planète, mais aussi les narrateurs locaux, hôtes d'un soir, qui apportent leurs vécus prêts à disparaître. On retrouve ainsi, au cours des soirées, ceux qui ont reçus, dans leur Mémoire, le témoignage des époques passées. La créativité de chacun fait comme un assaut d'inventions autour des souvenirs de leurs ancêtres.
A partir de ces bases qui sont le ferment même de l'humanité : le voyage, la fête, les peurs ancestrales, les retrouvailles, les racines, le souvenir des vies passées, la poésie, le rire, la joie de vivre, se dresse l'histoire même de notre humanité. La pièce commence avec l'historique de cette petite montagne que peu de gens connaissent et qui est pourtant le centre d'une multitude de contes inédits. Au début, ils étaient racontés en provençal, cette langue d'Oc qui aurait pu devenir langue nationale, si toutefois la Provence n'avait pas été apportée en dots successives, aux Rois de France, au gré d'alliances arrangées.
Vers la fin du 19ième siècle, le français commence à se répandre parmi la population méridionale. Le nobles et les bourgeois ayant les moyens de l'étudier, l'imposent comme langue officielle. Le provençal, langage pur s'il en est, est pourtant assimilé à du patois. La mosaïque qui résulte de ce brassage devient ce que l'on peut appeler un pittoresque "pataquès". Non seulement l'accent reste, mais les mots habituels se mêlent, se mélangent, s'appauvrissent. Les tournures de phrases, ainsi que les spécialités grammaticales originales continuent à se glisser dans le langage de tous les jours.
On parle donc désormais "Méridional" mais on ne l'écrit pas, car en classe on punit celui qui s'en sert. D'où la difficulté lorsque l'on veut l'écrire, de lutter contre les règles drastiques, quasi "morales", imposées dès l'enfance. Comment donc "écrire" dans une langue qui n'a pas d'écriture officielle ? En effet, ce mélange hybride désigné sous le titre de "Français Régional de la Provence" est réinventé, chaque jour, par chacun. Et à la limite, il n'a ni barrière, ni passé. SEULEMENT UN PRESENT.
Car le brassage permanent se perpétue. Toulon, appelé Port de Montagne en hommage à son Mont Faron, continue à voir sa population se diversifier. Les accents effacent de plus en plus la modulation chantante, du temps où Marcel Pagnol, après le pur provençal Jean Alcard, écrivit sa célèbre trilogie de Marius, Olive et Fanny. Désormais, peu de gens s'en souviennent. Bientôt le français, lui-même, deviendra langue régionale, face à l'anglais devenu langue universelle. Seuls, les conteurs continueront à lui souffler "VIE", racontant notre histoire commune, en nous rassemblant autour d'eux, comme autrefois.

